← Article précédent
Télécharger en PDF
Article suivant →

Les temps de trajet peuvent-ils générer des heures supplémentaires ?

Réponse courte

Au Luxembourg, le trajet quotidien domicile-lieu de travail habituel n'est jamais du temps de travail et ne génère donc pas d'heures supplémentaires. Cette règle découle de l'article L.211-4 du Code du travail et d'une jurisprudence constante.

En revanche, le déplacement professionnel imposé par l'employeur (entre deux sites, chez un client, sur un chantier) constitue du temps de travail effectif lorsque le salarié est à la disposition de l'employeur. S'il fait dépasser 8 h/jour ou 40 h/semaine, il génère des heures supplémentaires.

Une exception jurisprudentielle (CJUE) concerne les salariés itinérants sans lieu de travail fixe : leurs trajets domicile-premier/dernier client comptent comme temps de travail.

Les heures supplémentaires sont compensées prioritairement par 1 h 30 de repos par heure prestée ; le paiement à 140 % n'intervient que si la récupération est impossible (art. L.211-27).

Définition

La durée de travail est définie à l'article L.211-4 du Code du travail comme « le temps pendant lequel le salarié est à la disposition de son ou de ses employeurs ; sont exclues les périodes de repos pendant lesquelles le salarié n'est pas à la disposition de son ou de ses employeurs ». La jurisprudence luxembourgeoise précise que la présence physique sur le lieu de travail n'est pas indispensable, l'élément déterminant étant la mise à disposition effective.

Il convient de distinguer trois situations : le trajet domicile-travail (déplacement quotidien vers le lieu habituel d'activité) ; le déplacement professionnel (mission imposée par l'employeur en dehors du lieu habituel) ; le déplacement intersites (trajet entre deux lieux d'exécution au cours d'une même journée). Cette distinction commande la qualification ou non en heures supplémentaires.

Questions fréquentes

Le déplacement entre deux sites compte-t-il dans les heures supplémentaires ?
Oui, le déplacement intersites (entre deux lieux d'exécution dans la même journée) est qualifié de temps de travail effectif. S'il fait dépasser 8h/jour ou 40h/semaine, il génère des heures supplémentaires conformément aux articles L.211-5, L.211-12 et L.211-22 du Code du travail.
Les itinérants génèrent-ils des heures supplémentaires sur leurs trajets ?
Oui, pour les salariés itinérants sans lieu fixe, les trajets domicile-premier client et dernier client-domicile comptent comme temps de travail (jurisprudence CJUE Tyco). S'ils font dépasser la durée normale (8h/jour, 40h/semaine), ils génèrent des heures supplémentaires.
Les temps de trajet peuvent-ils générer des heures supplémentaires ?
Le trajet quotidien domicile-lieu de travail habituel n'est jamais du temps de travail et ne génère pas d'heures supplémentaires (article L.211-4). En revanche, le déplacement professionnel imposé entre deux sites ou chez un client constitue du temps de travail s'il y a mise à disposition.
Quelle compensation pour les heures supplémentaires de déplacement ?
Les heures supplémentaires sont compensées prioritairement par 1h30 de repos par heure prestée. Le paiement à 140 % n'intervient que si la récupération est impossible (article L.211-27 du Code du travail). L'autorisation préalable de l'ITM peut être requise selon les cas.
Quels critères qualifient un trajet en temps de travail effectif ?
Pour qu'un déplacement soit qualifié de temps de travail, le salarié doit être à la disposition de l'employeur, soumis à ses directives et ne pas pouvoir vaquer librement à ses occupations personnelles (article L.211-4 du Code du travail). Ces conditions sont cumulatives.
Un déplacement à l'étranger imposé compte-t-il en heures supplémentaires ?
Oui, un déplacement à l'étranger imposé est qualifié de temps de travail effectif pour la durée de mise à disposition de l'employeur. S'il fait dépasser la durée normale, il génère des heures supplémentaires soumises au régime des articles L.211-22 et suivants du Code du travail.

Conditions d’exercice

Conditions de qualification selon le type de trajet :

Type de déplacement Temps de travail ? Heures supplémentaires possibles ?
Domicile → lieu de travail habituel Non Non
Lieu de travail → domicile Non Non
Site/siège → client ou autre site (intersites) Oui Oui, si dépassement durée normale
Salarié itinérant (sans lieu fixe) : domicile → 1er client Oui (CJUE) Oui, si dépassement
Salarié itinérant : dernier client → domicile Oui (CJUE) Oui, si dépassement
Déplacement à l'étranger imposé Oui (durée mise à disposition) Oui, si dépassement

Pour qu'un déplacement soit qualifié de temps de travail effectif, le salarié doit être à la disposition de l'employeur, soumis à ses directives et ne pas pouvoir vaquer librement à ses occupations personnelles.

Modalités pratiques

Données chiffrées applicables aux heures supplémentaires liées aux déplacements :

Élément Valeur Base légale
Durée normale de travail 8 h/jour – 40 h/semaine Art. L.211-5
Durée maximale de travail 10 h/jour – 48 h/semaine Art. L.211-12
Plafond d'heures supplémentaires 2 h/jour maximum Art. L.211-26
Compensation prioritaire (règle) 1 h sup = 1 h 30 de repos rémunéré Art. L.211-27 (1)
Paiement (exception) 140 % du salaire horaire Art. L.211-27 (3)
Salaire horaire de référence Salaire mensuel ÷ 173 h Art. L.211-27 (3)
Notification/autorisation ITM Préalable obligatoire (sauf force majeure) Art. L.211-23
Registre obligatoire Début, fin, durée du travail journalier Art. L.211-29

Le paiement à 140 % n'est dû que dans deux hypothèses : récupération impossible pour raisons d'organisation, ou départ du salarié avant récupération. Dans tous les autres cas, la récupération en temps de repos majoré est la règle de principe.

Pratiques et recommandations

Il est recommandé de définir précisément, dans le contrat de travail ou le règlement interne, le lieu de travail habituel ainsi que les éventuelles clauses de mobilité. Cette clarification contractuelle évite les contentieux ultérieurs sur la qualification des trajets.

L'enregistrement précis des temps de déplacement professionnel doit être assuré via pointage, feuilles de route ou applications dédiées, conformément à l'obligation du registre prévue à l'article L.211-29. La charge de la preuve du temps de travail effectif incombe à l'employeur en cas de contestation.

Pour les salariés itinérants (commerciaux, techniciens d'intervention, aides à domicile), une attention particulière s'impose : la jurisprudence CJUE (affaire Tyco, C-266/14) qualifie de temps de travail les déplacements quotidiens entre domicile et premier/dernier client lorsque le salarié n'a pas de lieu de travail fixe.

Avant toute prestation systématique d'heures supplémentaires liées aux déplacements, l'employeur doit consulter la délégation du personnel et introduire la notification ou la demande d'autorisation auprès de l'ITM (art. L.211-23). Les conventions collectives sectorielles peuvent prévoir des dispositions plus favorables (forfaits, indemnités spécifiques) qui s'imposent alors à l'employeur.

Cadre juridique

Référence Objet
Art. L.211-4 Définition de la durée de travail (mise à disposition de l'employeur)
Art. L.211-5 Durée normale : 8 h/jour, 40 h/semaine
Art. L.211-12 Durée maximale : 10 h/jour, 48 h/semaine
Art. L.211-22 Définition du travail supplémentaire
Art. L.211-23 Procédure de notification ou d'autorisation auprès de l'ITM
Art. L.211-26 Plafond de 2 heures supplémentaires par jour
Art. L.211-27 Compensation : 1 h 30 de repos (règle) ou 140 % en paiement (exception)
Art. L.211-29 Tenue d'un registre des heures de travail
Jurisprudence CJUE Affaire C-266/14 (Tyco, 2015) : trajet des itinérants sans lieu fixe

Note

Le trajet domicile-travail habituel reste exclu du temps de travail, mais le déplacement professionnel imposé par l'employeur y est assimilé dès lors que le salarié est à sa disposition. La rémunération à 140 % est une exception ; la règle est la récupération en temps majoré (1 h 30).

Pixie vous propose aussi...