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Une preuve issue d'une blockchain peut-elle être produite devant une juridiction luxembourgeoise ?

Réponse courte

Oui, comme tout élément : la preuve des faits est libre, et rien n'exclut un enregistrement inscrit dans une chaîne de blocs.

Sa force reste toutefois celle d'un indice. Aucun texte luxembourgeois n'attache de présomption à ce procédé : ni le règlement eIDAS, qui régit les signatures, cachets et horodatages qualifiés, ni la loi du 25 juillet 2015, qui vise l'archivage par un prestataire PSDC. Une inscription en chaîne de blocs n'entre dans aucune de ces catégories.

Ce que le procédé démontre techniquement doit donc être expliqué au juge : qu'une empreinte donnée a été inscrite à un moment donné et n'a pas été modifiée depuis. Il ne démontre en revanche ni l'exactitude du contenu de l'origine, ni l'identité de celui qui l'a inscrit — deux limites que le vocabulaire commercial tend à effacer.

Définition

La chaîne de blocs est un registre distribué dont les enregistrements sont chaînés par des empreintes cryptographiques, ce qui rend une modification rétroactive détectable.

L'ancrage consiste à y inscrire l'empreinte d'un document plutôt que le document lui-même. C'est l'usage pertinent en matière RH, puisqu'il évite d'exposer des données personnelles.

Questions fréquentes

Que démontre techniquement une inscription en chaîne de blocs ?
Qu'une empreinte donnée a été inscrite à un moment donné et n'a pas été modifiée depuis. C'est ce qu'il faut expliquer au juge.
Que ne démontre pas une preuve issue d'une chaîne de blocs ?
Ni l'exactitude du contenu d'origine, ni l'identité de celui qui l'a inscrit. Le vocabulaire commercial tend à effacer ces deux limites.
Quelle alternative offre une présomption légale ?
L'horodatage électronique qualifié au sens du règlement eIDAS, qui bénéficie d'une présomption d'exactitude de la date et d'intégrité des données.
Un enregistrement inscrit dans une chaîne de blocs est-il admis en justice ?
Oui, comme tout élément. La preuve des faits est libre et rien n'exclut ce type d'enregistrement des débats.
Une inscription en chaîne de blocs bénéficie-t-elle d'une présomption légale ?
Non. Ni le règlement eIDAS, qui vise les signatures, cachets et horodatages qualifiés, ni la loi du 25 juillet 2015 sur l'archivage PSDC ne l'englobent.

Conditions d’exercice

Le procédé établit l'antériorité et la non-modification, rien de plus.

Élément Portée
Recevabilité Acquise : la preuve des faits est libre
Présomption légale Aucune : le procédé n'entre dans aucun statut reconnu
Ce qui est démontré Existence d'une empreinte à une date et absence de modification depuis
Ce qui ne l'est pas L'exactitude du contenu d'origine et l'identité de celui qui a inscrit
Comparaison à l'horodatage qualifié Celui-ci bénéficie d'une présomption, la chaîne de blocs non
Données personnelles Ne jamais les inscrire : l'effacement y est impossible
Explication technique À fournir : le juge n'est pas présumé connaître le procédé

Modalités pratiques

L'ancrage d'une empreinte se combine utilement avec les procédés reconnus, il ne les remplace pas.

Étape Détail
Ancrage d'empreinte N'inscrire que l'empreinte du document, jamais son contenu
Registre local Consigner en parallèle l'empreinte, la date et le document concerné
Horodatage qualifié L'ajouter pour bénéficier de la présomption que la chaîne n'offre pas
Explication Préparer une description du procédé, compréhensible sans expertise
Conservation du document La chaîne ne conserve rien : archiver le fichier lui-même
Vérifiabilité S'assurer que la vérification restera possible dans plusieurs années
Données personnelles Les exclure : le droit à l'effacement serait inapplicable

Pratiques et recommandations

L'inscription de données personnelles dans une chaîne de blocs est une erreur sans retour. Le procédé rend la suppression techniquement impossible, alors que le RGPD impose de limiter la conservation à la finalité et ouvre un droit à l'effacement. Seule l'empreinte doit être inscrite, jamais le contenu ni les identités.

La chaîne ne conserve pas le document. Elle atteste qu'une empreinte existait ; si le fichier correspondant a disparu, l'inscription ne prouve plus rien puisqu'il n'y a plus rien à comparer. L'archivage du document reste entier.

L'horodatage qualifié fait mieux, pour moins d'explications. Il bénéficie d'une présomption légale d'exactitude de la date et d'intégrité, là où la chaîne de blocs suppose de convaincre le juge du fonctionnement du procédé. Combinez les deux si vous y tenez, mais ne substituez pas le second au premier.

Cadre juridique

Référence Objet
Art. 1315 du Code civil Charge de la preuve pesant sur celui qui réclame l'exécution de l'obligation
Art. 1322-1 du Code civil Signature électronique : lien indissociable, intégrité, identification du signataire
Règlement (UE) 910/2014 (eIDAS) Signature, cachet et horodatage qualifiés : seuls procédés assortis d'une présomption
Loi du 25 juillet 2015 Archivage électronique : statut PSDC et présomption de conformité à l'original
Règlement (UE) 2016/679, art. 5 et 17 Limitation de la conservation et droit à l'effacement
Loi du 14 août 2000 Commerce électronique ; insertion des articles 1322-1 et suivants

Note

Un enregistrement en chaîne de blocs est recevable mais dépourvu de toute présomption légale : il établit l'antériorité d'une empreinte, non l'exactitude du contenu ni l'identité de son auteur. N'y inscrivez jamais de données personnelles, l'effacement y étant impossible.

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