← Article précédent
Ajouter aux favoris Télécharger en PDF
Article suivant →

L'entreprise qui recourt à de faux contrats de stage s'expose-t-elle à des poursuites ?

Réponse courte

Oui, et sur plusieurs terrains simultanément. Devant le tribunal du travail, la convention détournée est requalifiée en contrat de travail : l'entreprise doit alors les salaires correspondants, les congés et les cotisations sociales pour toute la période, la compétence juridictionnelle étant expressément fixée par l'article L.152-17.

Sur le terrain administratif, l'Inspection du travail et des mines contrôle le registre des stages et peut enjoindre par écrit la production de documents. Le non-respect d'une injonction du directeur dans le délai imparti est puni d'une amende administrative pouvant atteindre 25 000 euros, portée au double en cas de récidive dans les deux ans.

Enfin, si la situation du stagiaire est irrégulière au regard des retenues sur salaires ou de la sécurité sociale, la qualification de travail clandestin s'ajoute : amende de 251 à 5 000 euros, emprisonnement de huit jours à six mois en cas de récidive dans les cinq ans.

Définition

Le faux stage désigne une convention formellement conforme mais dont l'exécution contredit la finalité légale. L'article L.152-10 exige que le stage ait un caractère d'information, d'orientation et de formation professionnelle, et interdit d'affecter le stagiaire à des tâches requérant un rendement comparable à celui d'un salarié.

Le même article prohibe trois usages précis : suppléer un emploi permanent, remplacer un salarié temporairement absent, et faire face à un surcroît de travail temporaire. Dès que l'une de ces trois situations est établie, la convention perd sa nature de stage et devient un contrat de travail, indépendamment des mentions figurant au dossier.

Conditions d’exercice

Le contrôle ne porte pas sur la qualité rédactionnelle de la convention mais sur cinq données factuelles vérifiables en quelques minutes sur site.

Élément Détail
Objet réel des tâches Comparaison entre les activités listées à la convention et celles effectivement exercées (art. L.152-7 et L.152-10)
Substitution Absence de poste vacant équivalent, de salarié absent remplacé ou de pic d'activité couvert
Tuteur Tuteur désigné, effectivement identifiable, produisant une appréciation critique et circonstanciée dès quatre semaines
Durée Stage pratique limité à 6 mois sur 24 mois auprès du même patron de stage (art. L.152-6)
Quota 10 pour cent de l'effectif, un seul stage en dessous de dix salariés, hors 1er juillet au 30 septembre (art. L.152-9)
Indemnisation Barèmes des articles L.152-4 et L.152-8, appliqués sur la durée cumulée chez le même patron
Registre Registre des stages tenu à jour et accessible à l'ITM sur simple demande (art. L.152-11)

Modalités pratiques

La procédure administrative passe presque toujours par l'injonction : c'est le refus d'y donner suite, plus que l'irrégularité initiale, qui déclenche l'amende la plus lourde.

Aspect Détail
Pouvoir d'enquête Les membres de l'inspectorat demandent communication des livres, registres, fichiers et documents relatifs aux conditions de travail (art. L.614-4)
Injonction Notifiée par écrit par le directeur de l'ITM, avec un délai d'exécution imparti
Amende administrative 25 à 25 000 euros en cas de non-respect d'une injonction fondée sur l'art. L.614-4 (art. L.614-13)
Récidive Montants portés au double du maximum en cas de récidive dans les 2 ans
Opposition Écrite et motivée, dans les 15 jours de la notification, adressée au directeur de l'ITM
Recours Recours en réformation devant le Tribunal administratif (art. L.614-14)
Volet civil Requalification en contrat de travail devant le tribunal du travail, avec rappel de salaires et de cotisations

Pratiques et recommandations

Le meilleur test interne est celui du remplacement : si le départ du stagiaire obligeait à ouvrir un recrutement ou à redistribuer sa charge sur l'équipe, ce n'est plus un stage.

Tenu par personne, avec dates, durées cumulées et nom du tuteur, le registre des stages fait apparaître le franchissement des seuils d'indemnisation du stagiaire et le dépassement du quota de l'article L.152-9.

Cadre juridique

Référence Objet
Art. L.152-6 Durée maximale du stage pratique : 6 mois sur 24 mois chez le même patron de stage
Art. L.152-7 Mentions obligatoires de la convention, dont les activités confiées et la désignation du tuteur
Art. L.152-9 Quota de stages pratiques rapporté à l'effectif de l'entreprise
Art. L.152-10 Finalité formative ; interdiction de suppléer un emploi permanent, de remplacer un absent ou de couvrir un surcroît
Art. L.152-11 Registre des stages accessible à la délégation du personnel et à l'ITM
Art. L.152-16 et L.152-17 Compétence de l'ITM pour l'application du chapitre et du tribunal du travail pour les litiges
Art. L.614-4 Communication des livres, registres, fichiers et documents aux membres de l'inspectorat
Art. L.614-13 Amende administrative de 25 à 25 000 euros en cas de non-respect d'une injonction, doublée en cas de récidive dans les 2 ans
Art. L.614-14 Recours en réformation devant le Tribunal administratif
Art. L.571-1 et L.571-6 Travail clandestin et amende de 251 à 5 000 euros, doublée en cas de récidive dans les 5 ans

Note

Le test décisif est celui du remplacement : si le départ du stagiaire imposait un recrutement, la convention ne tient pas. La sanction la plus lourde ne vient pas de l'irrégularité initiale mais du refus de répondre à une injonction écrite de l'inspection. Répondre dans le délai imparti, quitte à former opposition ensuite, reste la meilleure protection.

Pixie vous propose aussi...