Faut-il une déclaration spécifique pour la géolocalisation des salariés ?
Réponse courte
Aucune déclaration préalable auprès de la CNPD n'est plus exigée depuis l'entrée en vigueur du RGPD le 25 mai 2018 ; le régime déclaratif a été remplacé par le principe d'accountability. L'employeur doit toutefois inscrire la géolocalisation au registre des traitements, réaliser une AIPD si le risque est élevé (article 35 RGPD) et tenir cette documentation à disposition de la CNPD.
Avant toute mise en œuvre, l'employeur informe individuellement chaque salarié par écrit et consulte la délégation du personnel (article L.414-9 du Code du travail pour les entreprises d'au moins 150 salariés). L'absence de ces démarches rend le traitement illicite et expose à des amendes administratives jusqu'à 4 % du chiffre d'affaires mondial.
Définition
La géolocalisation des salariés désigne tout dispositif technique permettant de localiser un salarié, en temps réel ou en différé, dans le cadre de son activité professionnelle. Elle constitue un traitement de données à caractère personnel dès lors que le salarié est identifiable.
Elle est qualifiée de mesure de surveillance au sens de l'article L.261-1 du Code du travail et impose des obligations strictes en matière de transparence, de proportionnalité et de respect de la vie privée.
Questions fréquentes
Conditions d’exercice
Le régime de déclaration préalable a disparu en 2018 ; la conformité repose désormais sur la documentation interne tenue à la disposition du régulateur.
| Condition | Exigence |
|---|---|
| Accountability | Documentation interne complète tenue à disposition de la CNPD (registre, AIPD, notes d'information) |
| Finalité précise | Sécurité, gestion des trajets, justification du temps facturé — pas de surveillance générale |
| Information écrite | Notice individuelle préalable à chaque salarié concerné |
| Consultation | Délégation du personnel selon L.414-9 ou ITM à défaut |
| AIPD | Obligatoire si risque élevé (article 35 RGPD) — recommandée pour la géolocalisation |
Modalités pratiques
L'absence de déclaration préalable ne dispense pas l'employeur : il doit pouvoir prouver à tout moment la conformité du traitement par son registre et sa documentation.
| Démarche | Précision |
|---|---|
| Registre des traitements | Article 30 RGPD : finalités, destinataires, durée, mesures de sécurité |
| AIPD | Article 35 RGPD ; consultation du DPO ; documentation de l'analyse de proportionnalité |
| Notice individuelle | Finalité, données, durée, destinataires, droits, modalités de désactivation |
| Procès-verbal délégation | Consultation préalable (L.414-9) avec compte-rendu |
| Conservation | Durée du trajet + 2 mois maximum sauf justification documentée |
| Habilitation | Liste nominative avec traçabilité des consultations |
| Charte interne | Politique d'usage du véhicule et modalités de désactivation |
Pratiques et recommandations
Réaliser systématiquement une AIPD pour tout dispositif de géolocalisation, même en l'absence de doute sur le risque.
Documenter la base juridique retenue (intérêt légitime) et le test de mise en balance.
Désactiver par défaut la géolocalisation hors temps de travail si l'usage privé est autorisé.
Limiter la durée de conservation à ce qui est strictement nécessaire à la finalité.
Conserver la preuve écrite de l'information individuelle et de la consultation de la délégation.
Réviser chaque année la pertinence du dispositif avec le DPO et la délégation.
Cadre juridique
| Référence | Objet |
|---|---|
| Art. L.261-1 du Code du travail | Surveillance des salariés (loi du 1er août 2018) |
| Art. L.261-2 du Code du travail | Sanctions pénales |
| Art. L.414-9 du Code du travail | Co-décision de la délégation du personnel |
| Loi modifiée du 1er août 2018 | Protection des personnes à l'égard du traitement des données |
| Règlement (UE) 2016/679 (RGPD) | Articles 5, 6, 12-13, 30, 35 |
| Lignes directrices CNPD | Géolocalisation des véhicules |
Note
L'absence de registre des traitements ou d'AIPD pour un traitement à risque élevé constitue à elle seule un manquement sanctionnable par la CNPD. Les sanctions administratives peuvent atteindre 4 % du chiffre d'affaires mondial et la jurisprudence luxembourgeoise écarte les preuves obtenues par un dispositif non documenté.